VISITE CHEZ L.B.S (ELIGOR) - 35 TONNES DE REUSSITE - car-collector.net car-collector collection modèles réduits
Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
25 octobre 2014 6 25 /10 /octobre /2014 15:34

VISITE CHEZ L.B.S (ELIGOR) - 35 TONNES DE REUSSITE

 

 

Nous sommes en septembre 1995...

VISITE CHEZ L.B.S (ELIGOR) - 35 TONNES DE REUSSITE

     Louis Surber est un cas unique dans la profession, aussi à l'aise dans l'atelier à régler une machine ou à s'occuper d'une fonderie, que dans son bureau directorial à traiter avec les plus grands constructeurs ou transporteurs routiers.

     Dans le monde de la miniature automobile, industrielle française, il n'y a qu'a qu'un seul fabricant qui maîtrise tout à 100% sur l'hexagone, de la conception à l'expédition. Pour ce titre de gloire, Louis Surber, fondateur de L.B.S et fabricant des Eligor, méritait en première ligne de figurer des visites chez les industriels.

     Après deux incursions dans le monde des artisans, il était temps d'aller voir comment les choses se passent chez les "grands" fabricants, ceux qui font travailler les presses à injecter et non les centrifugeuses. En france, Solido à Norev en passant par Jouef, les grands noms ne manquent pas. Le problème, c'est que ces gens-là font sous traiter une partie de la fabrication ou de l'assemblage hors de nos frontières. A l'heure où la délocalisation n'est peut-être pas la bienvenue, il est un industriel, moins connu dans la profession qui fait de la résistance, là-bas, dans son coin du Jura. Louis occupe pourtant une place de choix s'occupant des gammes L.B.S, Eligor, Leader et sous-traitant d'autres fabricants comme Quiralu. Sa réussite actuelle est celle de quelqu'un qui, depuis près d'un demi-siècle, sait se servir aussi bien de ses doigts que de sa cervelle.

 

 

PLASTIC VALLEY

 

 

     Si tout à chacun sait où se trouve la Silicone Valley, qui peut situer la Plastic Valley? Facile pourtant. Elle court entre Nantua et Oyonnax, là où des dizaines d'ateliers se font de l'ombre tellement ils sont nombreux. Sur leurs façades, les inscriptions se ressemblent: injections plastiques, moules industriels. C'est dans ce milieu qu' a grandi Louis Surber. Dès l'âge de 14 ans, après 3 jours et demi dans l'imprimerie où son père déploie de grands talents de relieur-doreur, il entre en apprentissage  chez un mécanicien-mouliste. Pas très bien payé, 35F par mois en 1949, se souvient-il, il gagne près de 20 fois plus les quelques mois durant lesquels il s'essaye à la décoration à domicile. Pourtant en 1951, Louis Surber se retrouve chez Falquet, honorable maison d'Oyonnax, à essayer de percer un trou puis à le tarauder sans rien casser. Deux ans plus tard, il se met à son compte avec deux copains pour ses grands débuts dans le monde du moulage. Le temps de découvrir les premières méandres de la vie professionnelle et il est temps de partir à l'armée. Ce n'est qu'en 1958 qu'il s'établit définitivement sous son nom. Enfin presque, puisqu'il a besoin de l'autorisation paternelle pour obtenir son émancipation. Dans le mois qui suit, il n'arrive pas à ouvrir son premier moule! un problème de matériel consécutif à un manque d'argent, alors Louis vend sa moto et s'en retourne acheter une perceuse à un industriel local. Une affaire à crédit traitée dans le plus pur style de l'époque: tope là, l'affaire est faite. Avec l'aide de son frère dont la présence à ses côtés ne durera pas, il "sort" enfin ses premiers moules. Des pièces industrielles sans suivi, au gré des commandes acceptées. De miniature automobile, il n'en est pas encore question. Elle va surgir dans sa vie, presque par hasard.

VISITE CHEZ L.B.S (ELIGOR) - 35 TONNES DE REUSSITE

 

 

 MINIALUXE

 

  Ses parents travaillaient alors chez Grand Clément, maison de renommée établie depuis 1904. Outre les boutons, cette société fabrique les Minialuxe, ces jouets dont la production au milieu des années 1950 est supérieure à celle de Norev. Et monsieur Vuillerme (ancien président de la chambre syndicale du jouet) lui commande le moule de la Ford Lizzie, puis la Peugeot du Bey de Tunis et, enfin, celle de la Panhard, une des ancêtres de l'automobile française. Sans le savoir, Louis Surber, vient de mettre le doigt dans un engrenage qu'il ne quittera plus. Citroën B2, Simca 1000, Peugeot 404, Ferrari 512, Citroën SM, Porsche 911 et Jaguar E se succèdent dans un local où travaillent maintenant sept compagnons mécaniciens moulistes. Mais le plus beau est à venir. Le 1er octobre 1975 est créé la S.A Louis Surber dont la première pièce importante est un Berliet GRH 190 fabriqué pour le compte de Vuillerme jouets Mont-Blanc. Dans la foulée suivront toutes les Citroën au 1/20ème et un Berliet GBH. Maintenant il n'est plus question de se contenter de fabriquer un moule mais de produire à 100%. Au début la fabrication est sous-traitée, l'assemblage se faisant au sous-sol de la maison qui sert d'usine. Tout irait pour le mieux, si ce travail n'était pas gâché par une première expérience de distribution désastreuse. Mais le destin veille puisque Louis Surber rencontre Jacques Greislamer, propriétaire des Editions Modélisme à Paris, une des figures emblématiques de la miniature en France, tout à la fois détaillant, importateur et grossiste. A cette époque-là (début 1978), il lui confie la fabrication des Eligor, nouvelle marque basée autour de la reprise d'anciens moules Norev, réduits à l'inactivité depuis longtemps. Le problème est technique et un premier industriel s'est cassé les dents dessus. Pour Louis Surber "la conception des moules était aberrante". Mais en échange de son travail, il a la possibilité de voir ses propres produits bien distribués dans un milieu spécialisé. L'accord est conclu en juin 1978, d'autant plus facilement que les deux gammes Eligor et L.B.S ne sont absolument pas concurrentes. Elles ne représentent pas non plus le même poids. D'un côté, une dizaine de berlines françaises populaires (Citroën Rosalie, Renault Juvaquatre, Traction 11CV, Peugeot 201...), de l'autre un seul et unique camion.

VISITE CHEZ L.B.S (ELIGOR) - 35 TONNES DE REUSSITE

 

L'usine dans les champs. C'est dans un environnement champêtre où sont fabriqués les L.B.S, Eligor, Leader et autres Quiralu.

VISITE CHEZ L.B.S (ELIGOR) - 35 TONNES DE REUSSITE
VISITE CHEZ L.B.S (ELIGOR) - 35 TONNES DE REUSSITE
VISITE CHEZ L.B.S (ELIGOR) - 35 TONNES DE REUSSITE

 

 

EN DIX ANS LOUIS SURBER EST DEVENU LE N°1 DU POIDS LOURD EN FRANCE ET EN EUROPE

 

Eh oui, Louis Surber croit déceler dans le camion, un créneau. Oh, peut-être pas un marché énorme, mais une possibilité inexploitée baptisée publicité. Les années passent et en 1983, il établit un premier contact avec la régie Renault pour faire le Turbolader ou R 310. Le premier exemplaire sortira le 20 décembre de la même année, avec dans la foulée, 20 000 exemplaires du "Dream Truck", un succès. parallèlement, la fabrication des Eligor se poursuit mais les relations entre les deux parties ne sont plus aussi bonnes. En 1984, c'est la séparation. Outre la création du tracteur Kenworth, Louis cherche un vendeur pour sa gamme L.B.S qui se résume en fait à des variantes de décorations autour de deux tracteurs différents attelés à des attelages traités soit en semi-remorque, soit en citerne. Pendant deux ans, un autre important distributeur s'occupe du problème sans satisfaire Louis Surber. Un nouvel échec amène celui-ci à une distribution à travers les concessionnaires et agents Renault. La machine est lancée et ne vas plus s'arrêter. Un Mercedes Benz en 1988, un Volvo en 1989 et surtout le Renault AE Magnum en 1991 finissent de fixer la voie de la société. Les Renault gamme G, un MAN, un Scania, un nouveau Volvo, les Renault FR1 ou R 312, de vraies savoyardes, de superbes citernes, des cargos-frigos authentiques, les références augmentent de façon exponentielle, d'autant que leur concepteur multiplie les possibilités de croisement. En dix ans, Louis Surber est devenu le numéro 1 du poids lourds miniature en France et même en Europe. Aujourd'hui (en 1995) les plus grosses flottes s'adressent à lui pour des séries promotionnelles. Les constructeurs lui demandent  des nouveautés en avant-première, si bien que ce secteur représente 65% de la production annuelle du groupe L.B.S. Et les 35% manquants?

VISITE CHEZ L.B.S (ELIGOR) - 35 TONNES DE REUSSITE

En pleine forme, le groupe des mécaniciens moulistes. Une seule devise: ne rien laisser trainer , des fois qu'un journaliste viendrait faire un p'tit tour dans le coin. C'est du doigté et de la qualité apportés à la réalisation des prototypes puis à la l'exécution des moules que dépend le succès d'une miniature. Ici, l'échelle de travail est le micron.

VISITE CHEZ L.B.S (ELIGOR) - 35 TONNES DE REUSSITE

 

 

POIDS PLUME

 

Ils sont là et s'appellent... Eligor. Eh oui! le monde est petit. La preuve, en 1985, Jacques Greislamer parle de retraite et d'arrêt. Pour une banque, "des bouts de ferraille" tels que des moules ne valent pas grand chose. Un industriel spécialisé dans la fonderie ne voit pas les choses ainsi. Début 1986, Louis Surber rachète la marque dont il assurait la fabrication depuis 8 ans. En réalité les accords bloquent la situation jusqu'en 1990 en ce qui concerne la gamme proprement dite. Un laps de temps qu'il met à profit pour développer un peu plus encore sa gamme camions ou utilitaires avec le Renault B 110, modifié ensuite en B 120. Pour réfléchir aussi à l'âge et à l'état de ce qu'il vient d'acquérir. Il faut dire que c'est alors l'époque de la révolution industrielle pour la miniature. Minichamps établit de nouveaux standards de qualité difficile à égaler. Pour Surber, le problème n'est pas à ce niveau: "c'est en fait, celui des coûts de revient. Mes ouvriers ne sont pas payés d'un bol de riz. Si nous faisions fabriquer en Chine, nous serions capable de développer des produits identiques. Quant aux vieux moules, difficile d'y apporter la moindre retouche. Si par exemple, on retouche aux pneus, il faut reprendre les jantes, leurs supports, et petit à petit, c'est toute l'auto qui est à revoir. Or qui en 1995, va investir dans un moule de Juvaquatre?"

 

En fait, depuis 1994, Louis Surber travaille dans une nouvelle direction: la résine. L'idée est partie d'une réunion avec des anciens de chez Berliet qui regrettaient de ne pas avoir de camions des années 1950 en modèle réduit. "vu les ventes réalisables, impossible d'amortir un investissement de 2000 à 2500 heures de travail. Restait la résine qui permettait de réduire les frais et de travailler sur des quantités sur mesure ou presque". Encore fallait-il trouver un technicien de ce matériau. Pas loin d'Oyonnax, à Annecy, Cornelis Hogstadt, animateur de la marque Hostaro, se laisse tenter par l'aventure. Il va réaliser les prototypes et le moulage du Willeme "nez de requin" avant de plancher sur l'idée de transkits sur base Eligor. Une idée chère à Louis Surber qui voit se multiplier chez Verem ou Norev, ce genre de produits. Principe de base: utiliser un maximum d'accessoires d'une base existante en grande série, et les transformer en une ou plusieurs variantes grâce à la facilité de travail de la résine. De quoi métamorphoser une berline 203 en break, en ambulance ou en un véhicule accompagnateur des courses cyclistes des années 1950. Avec ses bases de 4CV, de Traction avant, de Juvaquatre, de 203 ou 403, il y a de quoi plaire aux collectionneurs. Avec une production de l'ordre de 1000 Leader par mois, cette série semble promise à un bel avenir. L'exemple même de l'adaptation d'un industriel à l'évolution du marché.

VISITE CHEZ L.B.S (ELIGOR) - 35 TONNES DE REUSSITE

Du transporteur de voitures de course (ici l'Iveco du team Alfa-Romeo en DTM) à la 203 des courses cyclistes des années 50 en passant par le dernier R312 de la RATP, la "toupie" 4 essieux, ces grands classiques que sont le Tub, la 11 légère, l'ami 8 ou la DS21 sans oublier la Larousse F1 de la saison 94, l'étendue des gammes est vaste. Par ailleurs LBS sous traite la fabrication d'autres gammes comme Quiralu (ici représenté par la Porsche 356).

 

 

INDUSTRIE

 

Aujourd'hui à Martignat (à quelques kilomètres d'Oyonnax), ce sont près de cinquante personnes qui vivent de la miniature. Pas question donc de se lancer dans des idées farfelues. Une visite des locaux permet de se rendre compte que l'improvisation n'est pas vraiment de mise chez L.B.S. Le premier bureau visité est baptisé le désert. Il n'y traine jamais rien sur les planches à dessin. "Normal, nous travaillons parfois avec des documents constructeurs de projets en cours de réalisation à l'échelle 1". Cinq personnes travaillent là, dessinant les moules qui serviront à la fonderie voisine. Une pièce où trônent trois presses à injecter le zamac (alliage de zinc, aluminium, magnésium, plomb, cuivre, étain et cadium) dont deux de 100 tonnes de fermeture! A côté, les cinq presses à injecter le plastique, pour les accessoires, tels que les surfaces vitrées ou les pare-chocs, paraissent bien maigrelettes, sauf celle servant à mouler les boîtes. Une fois le tout fabriqué, arrivent les phases d'assemblage et de finition. Si la cabine de peinture n'a rien de spectaculaire, les machines à tampographier ou à sérigraphier sont du dernier cri. De quoi expliquer une qualité exceptionnelle dans la reproduction des logos ou des inscriptions figurant sur les flancs des camions. A ce sujet Louis Surber nous montre le classeur dans lequel il conserve toutes les autorisations accordées: "Cela fait bientôt vingt ans que nous ne reproduisons une raison sociale ou un logo qu'après accord des gens concernés, cela me semble être la moindre des choses. Quand je vois ce qui se passe dans le monde de la miniature, je suis surpris. La millionième Eligor est sortie des chaînes de Martignat en 1985, plus de 100 000 exemplaires de la Ford V8 ont été distribués et, dans le cadre de sous-traitances exceptionnelles, L.B.S a produit 90 000 Sauber C9 Mercedes pour le compte de Max Models (sous ensemble de Minichamps). Des chiffres qui reflètent la réussite pour Louis Surber et son épouse Réjane, en charge, elle, des questions administratives.

VISITE CHEZ L.B.S (ELIGOR) - 35 TONNES DE REUSSITE
VISITE CHEZ L.B.S (ELIGOR) - 35 TONNES DE REUSSITE
VISITE CHEZ L.B.S (ELIGOR) - 35 TONNES DE REUSSITE
VISITE CHEZ L.B.S (ELIGOR) - 35 TONNES DE REUSSITE
VISITE CHEZ L.B.S (ELIGOR) - 35 TONNES DE REUSSITE

Entré sous forme de liquide en fusion, le zamac ressort moulé des presses de 100 tonnes de fermeture. Suit alors l'ébavurage, la peinture, l'assemblage, la mise en boîte et le stockage.

VISITE CHEZ L.B.S (ELIGOR) - 35 TONNES DE REUSSITE

Source: magazine bi-mensuel Auto Modélisme n°3 de août-septembre 1995

Rédaction: ?

VISITE CHEZ L.B.S (ELIGOR) - 35 TONNES DE REUSSITE
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Partager cet article

commentaires